La complexité en pratique : l'exemple des néonicotinoïdes


La complexité en pratique : l’exemple des néonicotinoïdes



Vous avez dit néonicotinoïdes ?


Ce sont des neurotoxiques, une catégorie d’insecticides très utilisés depuis une trentaine d’années sur différentes cultures, betteraves sucrières et maïs en particulier. Dans les cellules des insectes ils agissent à la place de l’acétylcholine dans les synapses des cellules nerveuses et bloquent ainsi la transmission de l’influx, donc des informations, entre les cellules nerveuses. L’organisme devient ainsi « fou ». Ce sont des produits systémiques c’est-à-dire qu’ils sont absorbés par les plantes et se retrouvent dans toutes les parties du végétal : racines, tiges, feuilles, fleurs, étamines, pollen, nectar. Ils ont la particularité d’être efficaces à très faible dose ingérée et s’attaquent à tous les insectes. Ces insecticides peuvent être pulvérisés ou utilisés en enrobage des semences.


A quoi servent-ils ?


Sur les betteraves, on les utilise pour lutter contre les attaques de pucerons. Ceux-ci ne provoquent pas de dégâts par eux-mêmes mais moins de 5% d’entre eux sont porteurs du virus de la jaunisse qui lui pénalise fortement le rendement de la culture. Pour protéger les plantes on les emploie en enrobage des semences, ils sont donc très faciles d’emploi et sont donc utilisés de manière systématique et préventive. Quand un puceron pique une plante il absorbe les molécules neurotoxiques ce qui bloque ensuite l’infestation et donc les risques de transmission du virus de la jaunisse.


Quel est le problème ?


Ces produits considérés comme toxiques pour les pollinisateurs et les abeilles sont interdits depuis deux ans. Cette année la douceur du climat a provoqué d’importantes attaques de pucerons, donc beaucoup de jaunisse ce qui va faire baisser la production sucrière. La filière se considère en danger en l’absence, à ses yeux, d’alternative efficace. Le gouvernement souhaite accorder à la filière sucrière une utilisation dérogatoire pour trois campagnes le temps de trouver des alternatives et demande au parlement de modifier la loi. Les environnementalistes y voient un recul inacceptable.


Quels sont les arguments pour et contre la dérogation ?



POUR Il n’y a jamais d’abeilles ou d’insectes pollinisateurs dans un champ de betteraves, la plante ne fleurissant que la deuxième année, elle est récoltée bien avant floraison.

CONTRE une partie importante des molécules n’est pas absorbée par la plante et se retrouve dans le milieu naturel. Comme leur dégradation est lente il peut y avoir transfert en limite de parcelle et surtout des résidus présents dans le sol seront absorbés par la culture suivante et donc pourront contaminer des insectes.


CONTRE Car il n’y en pas besoin, il y existe des alternatives telles que les coccinelles et d’autres traitements curatifs sélectifs possibles. Les betteraves bio résistent mieux.

POUR le recours aux insectes auxiliaires n’est pas possible car les attaques de pucerons sont précoces. Les traitements aériens à base de pyrèthrinoïdes sont beaucoup moins efficaces et largement aussi dangereux, voir même davantage, pour l’environnement. Les betteraves bio sont attaquées également et représentent moins de 0,5% des surfaces de betteraves.Il n'y a pas donc de vraie alternative aujourd'hui


POUR nous ne pouvons-nous permettre de mettre en danger une filière qui représente 46 000 emplois et compromettre notre souveraineté. Si la production diminue nous allons devoir importer.

CONTRE en fait un tiers des surfaces sont affectées (les attaques décroissent du Sud vers le Nord) et les pertes estimées sont de 30 à 50% du rendement. La baisse totale de production sera donc inférieure à 20% et nous exportons actuellement la moitié de notre production de sucre.

POUR la plupart de nos concurrents bénéficient de dérogation comme l’UE l’autorise, il y aura donc distorsion sur les couts de production avec la baisse de rendement. De plus il peut y avoir des effets cumulatifs dans le temps et les agriculteurs se détourner de la culture de betteraves jugée peu rentable réduisant ainsi considérablement la production disponible pour l’industrie.


Quelle est la proposition du gouvernement ?


Il propose d’accorder une dérogation autorisant l’usage des néonicotitnoides sur betteraves en enrobage de semences pour la campagne 2021 et éventuellement les deux suivantes. Il interdit en complément de planter des cultures attractives de pollinisateurs suivant celles de betteraves afin de ne pas exposer les insectes aux résidus de produits.

En parallèle il demande l’élaboration d’un plan de protection des pollinisateurs et un plan d’action de la recherche pour trouver des alternatives.


Vers quelles solutions durables ?


Plusieurs pistes de solutions sont recherchées


  • Bien sûr en premier lieu créer des variétés résistantes à la jaunisse ce qui réglerait le problème à la source mais n’est pas encore au point.

  • Chercher d’autres traitements inoffensifs pour l’environnement qui peuvent être chimiques ou produits de bio-contrôle

Ces deux voies s’inscrivent plus ou moins dans la continuité des pratiques actuelles


Les experts tant de la filière betterave que de l’INRAE proposent une nouvelle voie celle de la régulation biologique :

  • Mieux comprendre le mécanisme de transmission et d’infestation du virus afin de pouvoir intervenir en amont, développer des tests viraux permettant très rapidement de connaître le caractère virulifère d’une population de pucerons afin de cibler la riposte.

  • Explorer si une autre organisation en parcelles plus petites permettrait une meilleure régulation en permettant un meilleur équilibre entre les parasites et leurs prédateurs

  • Utiliser des plantes émettant des odeurs répulsives pour les parasites. C’est l’écologie chimique et la culture de plantes dites compagnes cultivées en association avec la betterave. On envisage également des graminées dites endophytes car produisant en association des champignons diffusant dans le sol des toxines insecticides ou insectifuges. Cultivées en inter-culture avant la betterave elles auraient un rôle préventif.

Cette voie nouvelle est prometteuse, sa mise en œuvre modifiera certainement en profondeur la façon de cultiver.

Dans tous les cas on aura sans doute besoin d’une combinaison de solutions.

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