Et si l'agribasing était une chance pour les agriculteurs ?

Et si l’agribashing était une chance pour l’agriculture française ?



Pourquoi nos concitoyens critiquent-ils de plus en plus une agriculture qu’ils connaissent de moins en moins. Elle est accusée, en vrac et selon les circonstances, de productivisme, d’atteintes à l’environnement, de maltraitance animale ou de mal nourrir les français ?


Pourquoi : tout simplement parce qu’ils s’intéressent de plus en plus à l’agriculture ! Certes ces critiques récurrentes sont difficiles à vivre mais en même temps ce regain d’attention constitue une formidable chance pour l’avenir des agriculteurs !


Les français s’intéressent à l’agriculture parce qu’ils sont soucieux de leur santé. Ils prennent peu à peu conscience que leur santé dépend de la qualité de leur alimentation et donc quelque part des produits agricoles. Les français qui se sont personnellement éloignés de l’agriculture deviennent donc de plus en plus attentifs aux méthodes de production agricole dont ils ignorent tout.


Ils sont également de plus en plus préoccupés par l’avenir de la planète, du climat et de l’environnement. Conscients que les agriculteurs ont façonné nos paysages, qu’ils sont les premiers acteurs de notre environnement les français deviennent de plus en plus exigeants vis-à-vis des pratiques agricoles sur lesquelles ils projettent beaucoup d’images fausses.


Cet intérêt des urbains pour la campagne provoque un engouement croissant pour les circuits courts par lesquels les consommateurs cherchent de l’authenticité mais surtout de la confiance. Ils recherchent une proximité plus grande avec les agriculteurs et les agricultrices que les français adorent comme le prouvent toutes les enquêtes.


A contrario ils ont une grande défiance vis-à-vis de l’agriculture mais aussi de l’ensemble de la chaine alimentaire accusées de « productivisme », de pollution ou de malbouffe. C’est ce qui nourrit l’agribashing dont les agriculteurs se plaignent de plus en plus.


Cet agribashing est donc paradoxalement une conséquence de l’intérêt retrouvé des français pour leur agriculture. S’il se retourne actuellement contre les agriculteurs et les agricultrices, comment alors inverser la tendance et profiter de cette force pour l’avenir ?


Pour rétablir la confiance il faut, je crois, que le monde agricole sorte d’une approche défensive, de justification et donc vécue comme agressive par la société. Il faut je crois que, toutes composantes réunies, il délivre un message rassurant parce qu’homogène, rationnel, cohérent et répondant aux besoins de sécurité des consommateurs.


On peut y voir quatre dimensions :


- Des agriculteurs qui communiquent sur le terrain au quotidien, positivement, humainement et de manière transparente sur leurs pratiques comme le font toute une équipe de youtubeurs ou lors de portes ouvertes.


- Des organisations agricoles qui arrivent à s’accorder sur une plateforme commune partagée par les différentes sensibilités ou familles syndicales. Cette communication présenterait aux consommateurs la réalité de l’agriculture sans opposer les modèles. Soyons en effet conscients que les oppositions internes au monde agricole (Conventionnel, Conservation des sols, Bio..) ne sont ni l’origine ni le moteur de l’agribashing mais qu’elles en constituent un efficace carburant !


- Un gouvernement et en particulier un ministre de l’agriculture qui tient un discours clair, pragmatique et constant sur sa stratégie agricole et qui communique en s’appuyant sur des faits objectifs.


- Des entreprises agroalimentaires qui jouent la transparence totale et notamment affichent clairement l’origine des produits.


Rétablir la confiance passe par la transparence, la clarté du projet et le respect des règles.


Il faut redonner confiance aux agriculteurs et faire cesser les agressions physiques et verbales venant d’une poignée de militants extrémistes, cela relève pour beaucoup du pouvoir régalien mais aussi de la responsabilité personnelle des leaders d’opinion.


Les consommateurs sont de plus impatients, il faut les rassurer sur les changements en action. Le temps médiatique est très court, alors que le temps agricole, le temps de la nature, le temps de la recherche de nouvelles solutions sont plus longs. Il faut résoudre ce décalage. Cela passe beaucoup par la communication. Pour rendre l’agenda acceptable il faut une mise en perspective crédible parce que claire, argumentée, basée sur la science et non la croyance, appuyée par un message cohérent et constant.


C’est par là qu’on dépassera la facilité de l’agribashing et qu’on transformera en force pour l’avenir de l’agriculture l’intérêt grandissant que lui portent les français.

Jean-Marie Séronie

Agroéconomiste indépendant

Agroeconomie.com

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